L’histoire de Montélimar débute il y a
environ de 5000 ans dans le quartier du Gournier, où la
civilisation chasséenne laissera les découvertes archéologiques
les plus spectaculaires. Passant successivement aux mains des
Ibères puis des Celtes, la terre montilienne est rattachée à
Rome à partir du Ier siècle avant Jésus-Christ.
En 40 après J.-C., les Romains construisent la « via Agrippa »,
ancêtre de la Nationale 7, qui relie à l’époque Lyon à Arles en
passant par Montélimar. La ville n’est alors qu’une petite
bourgade appelée ACUNUM ou MANSIO ACUNUM (Aygu). On doit ce nom
initial à la colonie romaine des Acusiens qui, après
avoir occupée le Tricastin, s’installe à proximité de la voie
romaine qui longe le Rhône.
A partir du Ve siècle, des invasions barbares répétées écartent
l’influence de Rome et diluent le pouvoir central. Commence une
longue période où de grandes familles terriennes imposent leur
propre loi pendant plusieurs siècles.De Monteil Adhémar à
Montélimar :
Il faut attendre le XIe siècle et
l’arrivée de la famille des Monteil pour réunifier la ville. Un
siècle plus tard, le seigneur Adhémar de Monteil se fait alors
construire un château fortifié au Bois de Laud. On nommera sa
résidence MONTELIUM ADHEMARI (le petit mont d’Adhémar), en
référence à la colline où elle a été édifiée. En 1328, le nom de
« Montelilmart » est officiellement adopté, qui se transformera
au fil du temps en « Montélimar ».
Mais des conflits font rapidement perdre leur autonomie aux
seigneurs des Adhémar. De 1340 à 1383, les droits sur la ville
sont rachetés par la papauté, faisant de Montélimar la propriété
des papes.
Au XVe siècle, la ville est rattachée à
la Couronne de France. Favorite du roi Henri II, Diane de
Poitiers s’installe à Montélimar en 1549. La richissime duchesse
habite une belle demeure familiale aujourd’hui appelée Maison
Diane de Poitiers, et qui reste l’un des vestiges phares du
centre-ville actuel.
La Réforme, instituée en réaction aux abus de l’Eglise
catholique depuis le Moyen-Âge, marque également le renouveau de
la foi et des pratiques chrétiennes, donnant naissance au
protestantisme. Prêché dans le Dauphiné par Guillaume Farel, son
culte rencontre en Drôme-Ardèche un écho particulièrement
favorable. Dès 1560, l’Église Réformée de Montélimar est
instaurée. Commencent alors les tragiques guerres de religion
durant lesquelles Catholiques et Protestants se disputent la
possession de la ville. Ce n’est qu’avec la promulgation de
l’Édit de Nantes en 1598 par le roi Henri IV que ces derniers
recouvrent le droit de célébrer leur culte et de construire
leurs propres édifices. De 1599 à 1604, le temple protestant de
Montélimar est ainsi édifié. Cette période restera comme la plus
riche de l’histoire de la ville : Montélimar devient alors un
centre religieux qui rayonne dans tout le Dauphiné.
L’apparition du nougat :
Mais, les guerres incessantes menées
par Louis XIV au XVIIe siècle marquent la reprise des troubles
dans la région. En révoquant l’Édit de Nantes en 1685, le
souverain de France plonge le protestantisme dans un siècle de
répression. La ville se vide alors de près de la moitié de ses
habitants et ses artisans les plus habiles fuient les
persécutions. L’image de Montélimar devient celle d’une cité
emmurée dont les accès sont strictement surveillés, dotée d’une
imposante prison transformée plus tard en garnison militaire (la
caserne Saint-Martin). La Porte Saint-Martin, bâtie en 1762-1763
sous Louis XV, est aujourd’hui le dernier témoin de cette
période d’austérité. Il faudra attendre le début du XVIIIe
siècle et l’apaisement des tensions religieuses pour voir la
ville sortir de l’isolationnisme et redevenir un centre
d’attractions régional.
Cela correspond également à l’essor du
nougat, mélange de
miel et d’amande. Au XVIIe siècle, l’introduction d’amandiers
dans la région montilienne par Olivier de Serre marque les
débuts de sa fabrication. L’offrande abondante de la friandise à
chaque passage d’un prince fera beaucoup pour sa renommée à
travers le pays. Dès lors, Montélimar se spécialise dans la
production du nougat, qui devient vite indissociable de son lieu
d’origine.
Au XVIIIe siècle, Montélimar se
transforme en ville de négoce et développe une activité
économique singulière : l’élevage du ver à soie, la filature et
le commerce de la soie. La Révolution de 1789 qui suit se
déroule dans le calme et la ville accueille avec faveur les
idées nouvelles. Sa position géographique favorable stimule le
commerce grâce aux voies de transport routier et fluvial,
faisant de Montélimar une ville importante de la région. Lors de
la constitution des départements par l’Assemblée Constituante en
1790, elle se porte candidate avec Valence et Crest pour devenir
le chef-lieu du nouveau département de la Drôme, mais n’obtient
que la sous-préfecture. Après la chute de la royauté en 1792, le
pays de Montélimar est, à l’instar du midi de la France, le
théâtre de violences, de règlements de compte et de vengeances.
Les brigands, souvent d’anciens déserteurs, sèmeront ainsi la
terreur jusqu’en 1824.
Montélimar à l’heure de la
modernité :
Au XIXe siècle, l’économie montilienne
ne tire pas profit de la Révolution Industrielle, encore
largement agricole après 1850. De même, la construction en
1854-1855 de l’axe de chemin de fer nord-sud
Lyon-Valence-Avignon ne modifie pas en profondeur le paysage
industriel local, dont les activités les plus importantes
restent la chapellerie et la soie.
Néanmoins, c’est une époque où Montélimar s’ouvre et
s’agrandit : on démolit les remparts (dont seule la Porte
Saint-Martin, bâtie en 1762-1763, a été conservé) ; des nouveaux
quartiers apparaissent au sud de la ville (Aygu). En 1877,
Montélimar compte 12.000 habitants.
Au début du XXe siècle, Montélimar
apparaît sur le devant de la scène politique nationale grâce à
son maire de l’époque, Émile Loubet, qui est élu Président de la
République en 1899. Républicain pragmatique, Émile Loubet
acquiert vite une réputation « d’administrateur éclairé, actif
et profondément désintéressé ». En accédant à la présidence de
la République, il couronne une carrière politique au cours de
laquelle il aura successivement occupé tous les mandats et
postes qu’offre le régime républicain. Maire de Montélimar de
1870 à 1899, élu député en 1876, Émile Loubet siège auprès de la
gauche républicaine et participe aux votes des principales lois
sur les libertés publiques : liberté de presse, liberté de
réunion, liberté d’association (loi 1901), grandes lois
scolaires (loi sur la laïcité 1905). Il occupera le fauteuil
présidentiel jusqu’en 1906.
Au XXe siècle, Montélimar n’est pas
épargnée par les conflits mondiaux. La Première Guerre Mondiale
engendre un double traumatisme : les soldats morts au combat (le
monument aux morts de la ville fait état de 400 noms) et la
chute de l’industrie de la soie, qui va s’accélérer durant
l’entre-deux guerres. Pendant la guerre de 39-45, la Drôme
devient un haut lieu de la Résistance, dont les montagnes du
Vercors abriteront l’un des foyers les plus actifs. Après une
bataille qui fait rage du 21 au 28 août 1944 dans les rues
montiliennes, la ville est finalement libérée par les
Américains.
Lors de la période de reconstruction,
la mise en œuvre de grands chantiers économiques européens
va modifier en profondeur les villes de la vallée du
Rhône. Une ère nouvelle commence pour Montélimar avec le
développement des transports, l’autoroute A7, le canal du Rhône,
le TGV et l’énergie hydroélectrique et nucléaire. En 1954, la
ville compte 16.000 habitants, environ 30.000 en 1981 et plus de
35.0000 aujourd’hui. Face à cet accroissement de la population,
la ville a su s’adapter en multipliant et en modernisant
l’ensemble des ses infrastructures. |